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Économie & Société

Tram Nord Strasbourg bloqué : Schiltigheim et Bischheim sans tramway jusqu'en 2030 minimum

Échec du Tram Nord à Strasbourg : 268 millions de budget, 73% d'avis défavorables. Schiltigheim et Bischheim attendent leur tramway depuis 20 ans.

L’essentiel à retenir :

  • Commission d’enquête publique rend un avis défavorable en décembre 2024 (première fois en 30 ans)
  • Budget explosé : de 140 à 268 millions d’euros sur 4 ans
  • 73% des 7 102 contributions étaient défavorables au projet initial
  • Convention citoyenne d’octobre 2025 propose un nouveau tracé par le centre de Schiltigheim
  • Aucun tramway avant 2030 pour les 60 000 habitants du nord de l’Eurométropole

Le projet emblématique du mandat écologiste ne verra pas le jour avant plusieurs années. Après l’avis défavorable rendu le 9 décembre 2024 par la commission d’enquête publique, le Tram Nord doit être entièrement repensé. Pour Schiltigheim (34 000 habitants) et Bischheim (17 000 habitants), c’est un nouveau mandat sans tramway qui commence.

Décembre 2024 : l’avis défavorable qui enterre le projet initial

Lancé en décembre 2020, le projet d’extension du tramway vers le nord de l’Eurométropole devait coûter 140 millions d’euros. Quatre ans plus tard, le budget atteignait 268 millions d’euros lorsque la commission d’enquête publique a tranché : avis défavorable.

Une première en 30 ans de tramway moderne à Strasbourg, comme le souligne Rue89 Strasbourg dans son analyse du rapport d’enquête.

Les chiffres qui condamnent le projet

L’enquête publique menée entre septembre et octobre 2024 révèle un rejet massif du tracé proposé. Sur 7 102 contributions reçues, 73% se déclaraient défavorables au projet, selon les données officielles relayées par France Bleu Alsace.

La commission d’enquête pointe un projet “fourre-tout” et “clivant”. Le passage par l’avenue des Vosges, qui aurait supprimé la circulation automobile sur cet axe, cristallise les oppositions. Les 456 personnes reçues en entretien et les milliers de participants aux réunions publiques expriment majoritairement leurs inquiétudes sur les nouveaux plans de circulation.

Budget initial (2020) : 140 millions €
Budget final (2024) : 268 millions €
Augmentation : +91% en 4 ans

Cette explosion s’explique par l’ajout d’aménagements urbains massifs : transformation de la place de Haguenau en parc de 16 hectares, piétonnisation de la route de Bischwiller, végétalisation de l’avenue des Vosges. Des ambitions revues à la hausse qui ont fait exploser la facture, comme le détaille cet article du Journal des Entreprises.

La réaction politique immédiate

Le 10 décembre 2024, Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg, encaisse le coup : “C’est une grande déception, un véritable coup dur. Nous n’avons pas réussi à convaincre la commission d’enquête.”

Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole, confirme qu’aucun recours ne sera déposé. Le projet doit être entièrement revu.

Schiltigheim attend son tramway depuis 20 ans

Deuxième ville du Bas-Rhin avec 34 000 habitants, Schiltigheim reste la grande oubliée du réseau de tramway strasbourgeois. Les premiers débats sur sa desserte remontent au début des années 2000, comme le rappelle cet historique publié par Rue89 Strasbourg.

L’attente des habitants du nord

Les habitants de Schiltigheim et Bischheim dépendent actuellement de la ligne L6, avec un bus toutes les 10 minutes en journée. Mais les amplitudes horaires restent limitées et la capacité insuffisante aux heures de pointe.

Le projet initial promettait 9 nouvelles stations sur près de 5 kilomètres, reliant la place de Haguenau à Bischheim via Schiltigheim. Au-delà du tramway, c’était tout un projet de rénovation urbaine qui devait transformer ces quartiers populaires.

Pour Danielle Dambach, maire de Schiltigheim : “Il faut refaire un projet. Soyons réaliste, ce n’est pas la peine de retravailler celui-ci après l’avis défavorable.”

L’échec qui pèse sur les élections municipales de mars 2026

L’avis défavorable s’est immédiatement transformé en arme électorale à 3 mois du premier tour des municipales.

Catherine Trautmann en tête des sondages

Catherine Trautmann, ancienne maire socialiste (1989-1997 et 2000-2001), n’a pas épargné l’équipe sortante : “C’est un véritable choc, un échec, et surtout la preuve que ce projet était plus idéologique qu’utile aux habitants.”

Elle rappelle avoir lancé le premier tramway moderne de Strasbourg en 1994 : “Jamais en 30 années de tramway strasbourgeois, une enquête publique ne s’était conclue par un avis défavorable.”

Dans les sondages Elabe publiés en décembre 2025, l’échec du Tram Nord pèse clairement :

  • Catherine Trautmann (PS) : 29% des intentions de vote
  • Jeanne Barseghian (EELV) : 16%
  • Jean-Philippe Vetter (LR) : 16%

Les attaques de l’opposition

Jean-Philippe Vetter (LR) dénonce “un projet idéologique” et “la méthode des écologistes, sanctionnée par la commission d’enquête”.

Pierre Jakubowicz (Horizons) regrette : “Cet avis défavorable en provenance d’une commission indépendante n’aurait jamais dû arriver dans une ville qui sait faire du tramway.”

Le projet phare du mandat écologiste devient le symbole d’un échec politique majeur à quelques semaines du scrutin.

Octobre 2025 : la convention citoyenne propose un nouveau tracé

Face au blocage, l’Eurométropole lance en janvier 2025 une démarche démocratique inédite à l’échelle du territoire. 100 habitants tirés au sort planchent pendant 6 mois sur la question : “Selon quelles modalités et quelles conditions la desserte en tramway des communes nord vous semble la plus adaptée ?”

Les conclusions rendues le 9 octobre 2025

Le verdict tombe après 6 sessions de travail entre avril et octobre 2025. Le tracé privilégié rompt complètement avec le projet initial rejeté, selon le compte-rendu officiel publié par la Ville de Strasbourg.

Principaux changements proposés :

  1. Passage par le centre-ville de Schiltigheim : route de Bischwiller, mairie, médiathèque, pour redonner une centralité à la commune
  2. Intégration de la friche Heineken (fermée en janvier 2025) comme pivot du projet
  3. Abandon de la gare de Bischheim, jugée trop peu fréquentée
  4. Desserte du secteur des Trois Épis et du quartier des Généraux, zones plus denses et stratégiques

Pour le centre de Strasbourg, la solution privilégiée recueille 86% des votes : un raccordement par la rue du Faubourg-de-Pierre vers la place Broglie. L’avenue des Vosges, qui avait cristallisé les oppositions, est écartée.

Un nouveau départ qui arrive trop tard

Ces conclusions approuvées à 91% par les membres de la convention arrivent trop tard pour le mandat actuel. Les nouvelles études doivent être commandées, réalisées, puis présentées en enquête publique.

Calendrier incompressible : minimum 3 ans entre le lancement des études et le début des travaux.

Avec les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, aucune équipe ne pourra concrétiser ce projet avant 2030.

Les conséquences concrètes pour les habitants

Transports saturés et embouteillages quotidiens

Les habitants du nord de l’Eurométropole resteront dépendants de leur voiture ou des bus aux heures de pointe pendant encore des années. Les embouteillages quotidiens sur l’avenue des Vosges, la place de Haguenau et la route de Bischwiller vont perdurer.

Qualité de l’air : objectifs reportés

La qualité de l’air dans ces secteurs ne s’améliorera pas rapidement. Les concentrations de dioxyde d’azote mesurées sur ces axes resteront élevées, loin des objectifs fixés par la Zone à Faibles Émissions en vigueur dans l’Eurométropole depuis 2022.

Selon les données de surveillance publiées par l’ASPA, ces axes routiers restent parmi les plus pollués de l’agglomération.

Le parc de Haguenau reste sur le papier

À la place du parc urbain de 16 hectares promis place de Haguenau, les Strasbourgeois et Schiltigois garderont le nœud routier actuel, jugé dangereux et peu accueillant. La végétalisation et les aménagements cyclables attendront le prochain mandat.

Que se passera-t-il après les municipales de mars 2026 ?

Le prochain exécutif de l’Eurométropole héritera d’un dossier complexe et devra trancher rapidement : reprendre le projet sous une nouvelle forme ou l’abandonner définitivement.

Les positions des candidats

Catherine Trautmann (PS), favorite des sondages à 29%, reste floue sur ses intentions précises mais insiste sur la nécessité de “reconstruire un projet collectif”.

Jean-Philippe Vetter (LR) propose depuis 2023 un tracé alternatif par les quais Kléber et Finkmatt, puis le boulevard de Sébastopol, pour éviter l’avenue des Vosges. Cette option avait d’ailleurs recueilli plus de suffrages lors de la première concertation de 2021.

Pierre Jakubowicz (Horizons) défend l’idée d’un enfouissement partiel de la M35 pour désengorger le centre, un projet estimé à plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires.

Jeanne Barseghian (EELV), en difficulté dans les sondages à 16%, maintient que les enjeux restent d’actualité : “Desservir le nord et desserrer le nœud de l’Homme de Fer.” Mais sa réélection semble compromise.

Schiltigheim sans tramway jusqu’en 2030 minimum

Quelle que soit l’équipe élue en mars 2026, le constat est unanime chez les experts en mobilité urbaine : Schiltigheim et Bischheim ne verront pas de tramway circuler avant 2030 au plus tôt.

Le débat sur les mobilités dans le nord de l’Eurométropole est relancé pour les six prochaines années, avec l’épée de Damoclès d’un projet à 268 millions d’euros qui a échoué faute de consensus.


Le saviez-vous ?

Sur les 30 années de tramway moderne à Strasbourg depuis 1994, jamais une commission d’enquête publique n’avait rendu un avis défavorable. Le Tram Nord détient ce triste record avec 73% d’avis négatifs.

Le projet a traversé quatre mandats municipaux sans aboutir, symbole des difficultés à concilier ambitions écologiques, contraintes budgétaires et acceptabilité sociale dans les grandes métropoles françaises.