Strossburi : le nom de Strasbourg en alsacien, d'où il vient et où l'entendre
Strossburi, c'est Strasbourg en alsacien : un nom issu du Strateburgum de l'an 590, déjà dit « Strazburg » en 842, qu'on lit encore sur les plaques de rue.
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Sources consultées le 22 octobre 2026.
Dans une ruelle de la Grande-Île, une plaque bleue indique « Rue des Lentilles » et, en dessous, « Lenzegass ». Le Théâtre alsacien signe ses lettres « ‘s Elsässiche Theàter » suivi du nom de la ville en dialecte, qui se prononce avec un « cht » à l’attaque, comme le Straße allemand. Ce nom descend du Strateburgum que notait Grégoire de Tours vers 590, et son histoire prolonge notre balade dans le Strasbourg de l’histoire et de la culture.
D’où vient-il, comment le dire sans se tromper et où l’entendre encore : c’est l’objet de ce guide, qui part de la cité romaine d’Argentorate. Les citations latines viennent des textes originaux, consultables en ligne, et les chiffres sur la pratique du dialecte de l’Office pour la langue et les cultures d’Alsace et de Moselle (OLCA).

D’Argentorate à Strateburgum
Au temps de la conquête romaine, la ville s’appelait Argentorate, latinisé en Argentoratum. Ce nom d’origine gauloise, dont le sens fait encore débat, a disparu des textes à la fin de l’Antiquité, au profit d’un nom germanique.
Le changement apparaît dans les Histoires de Grégoire de Tours. Au livre X, l’évêque raconte le procès d’Égidius, évêque de Reims, condamné vers 590 et envoyé en exil « ad Argentoratinsim urbem, quam nunc Strateburgum vocant », c’est-à-dire dans la ville d’Argentorate, « qu’on appelle maintenant Strateburgum ». À la fin du VIe siècle, l’ancien nom avait donc déjà besoin d’une traduction.
Les historiens lisent dans Strateburgum l’assemblage du latin strata, la route pavée, et du germanique burg, la place forte : la forteresse des routes. C’est cette racine que gardent toutes les formes modernes du nom.
842, le nom populaire
Le 14 février 842, Louis le Germanique et Charles le Chauve se retrouvent à Strasbourg pour sceller leur alliance contre leur frère Lothaire. Leur cousin Nithard, petit-fils de Charlemagne, raconte la scène : les deux rois se réunissent « dans la cité qui s’appelait autrefois Argentaria, et qu’on appelle aujourd’hui couramment Strazburg » (quae olim Argentaria vocabatur, nunc autem Strazburg vulgo dicitur).
Le mot vulgo compte : dès le IXe siècle, Strazburg est le nom que l’on emploie dans la langue parlée. Ce jour-là, Louis prête serment en langue romane et Charles en langue tudesque, chacun dans la langue des soldats de l’autre camp. Ces Serments de Strasbourg passent pour le plus ancien texte conservé dans l’ancêtre du français.
De Strazburg sont sortis le Straßburg de l’allemand, le Strasbourg du français et la forme alsacienne, Strossburi. Dans le dialecte, la Straße allemande se dit Stross : le Théâtre alsacien a ainsi joué une pièce intitulée S’Paulette von de Vogesestross, Paulette de la rue des Vosges.
Prononciation et orthographe
À l’oral, le « st » du début se prononce « cht », comme en allemand : on dit « Chtrossburi ». L’alsacien n’a pas d’orthographe unique, et la graphie varie selon les auteurs et les parlers, mais Strossburi est la plus répandue : c’est celle que l’on lit dans le nom du Théâtre alsacien ou sur le portail de langues Lexilogos.
Un Strasbourgeois se dit Strossbürjer, comme dans le titre d’une pièce de la saison 2025-2026 du Théâtre alsacien, De Strossbürjer Nüssknäcker. Quant à la rue, elle devient Gass pour une ruelle et Stross pour une voie plus large.
Sur les plaques de rue
Dans plusieurs rues anciennes, la plaque française est doublée d’une plaque en dialecte, en italique. La rue des Lentilles y devient Lenzegass. Mais le nom alsacien ne traduit pas toujours le nom français : il reprend souvent le nom traditionnel de la rue, celui qu’utilisaient les habitants avant les changements successifs de nationalité. La rue Martin-Luther, près de l’église Saint-Thomas, porte ainsi la mention Thomasgass, la ruelle de Saint-Thomas.

L’église Saint-Thomas fait partie des repères que l’on distingue depuis la plateforme de la cathédrale et ses 330 marches : c’est un bon exercice de chercher ensuite, dans les rues qu’on a vues d’en haut, les plaques qui portent leur nom d’origine.
Ces plaques s’inscrivent dans une politique plus large. La Ville a adopté en 2015 une charte pour la promotion de la langue régionale, fondée sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe, et elle compte environ 4 000 élèves dans quelque 180 classes bilingues français-allemand de ses écoles, selon sa page consacrée au bilinguisme.
Au Théâtre alsacien
Le Théâtre alsacien de Strasbourg a été fondé en 1898, avec l’objectif de donner naissance à une littérature dramatique propre à l’Alsace. Son auteur fétiche, Gustave Stoskopf, a écrit la même année D’r Herr Maire, le portrait d’un paysan rusé et ambitieux, que la troupe a repris pendant la saison 2017-2018. La troupe, amateur, joue sur la scène de l’Opéra, place Broglie, et ses spectacles sont entièrement surtitrés en français : on peut donc y aller sans parler un mot de dialecte.
La 129e saison s’ouvre avec Alles Umesünscht, une comédie de Philippe Ritter pour une douzaine de comédiens. Les dates n’étaient pas encore publiées sur le site du théâtre le 22 octobre 2026 ; la saison précédente avait commencé à la mi-novembre, avec des billets de 16 € à 23 €. Les enfants de moins de 12 ans bénéficient de 50 % de remise à la caisse.

Qui parle encore le dialecte
La dernière grande enquête de l’OLCA, menée par ED Institut en mars 2012 auprès de 801 adultes, donnait 43 % d’Alsaciens capables de bien parler l’alsacien, 33 % qui le parlent ou le comprennent un peu et 25 % qui ne le comprennent pas. L’écart entre les générations est net : 74 % de dialectophones chez les 60 ans et plus, 12 % chez les 18-29 ans.
Les enquêtes précédentes donnaient 63 % en 1997 et 61 % en 2001 : la pratique recule d’une enquête à l’autre, et la charte de 2015 comme les classes bilingues cherchent à enrayer ce recul.
Pendant l’Avent
Le dialecte reste très présent dans le vocabulaire de Noël. Le marché de la place Broglie s’écrit Chrìstkìndelsmärik dans la communication officielle de la Ville, et notre guide des huit marchés de Noël et de leurs dates 2026 en donne les horaires. Le répertoire du Théâtre alsacien compte lui aussi plusieurs pièces de Noël, de Wiehnachte in Strossburi (2017-2018) au conte joué en matinée les dimanches 21 et 28 décembre 2025.
À table, les noms des plats se passent souvent de traduction, de la flammekueche au baeckeoffe, comme le rappelle notre tour d’horizon de la cuisine alsacienne et de ses plats emblématiques.
Le reste du séjour se partage entre sorties en famille et soirées. Pour les enfants, les séances du Planétarium de l’université et les créneaux de patinage à l’Iceberg occupent un après-midi de pluie.
Pour les adultes, la programmation du Zénith et son accès en tram ou les spas strasbourgeois ouverts à la journée font une soirée ou une pause. Fin octobre, notre liste des sorties de la Toussaint autour de Strasbourg et la saison d’Halloween d’Europa-Park, à Rust complètent les vacances.
Sources
- Grégoire de Tours, Histoires, livre X, chapitre 19, texte latin sur The Latin Library, consulté le 22 octobre 2026
- Nithard, Histoire des fils de Louis le Pieux, livre III, chapitre 5, texte latin sur The Latin Library, consulté le 22 octobre 2026
- Lexilogos, Strasbourg, Strossburi
- Théâtre Alsacien Strasbourg, site officiel (saison 2026-2027, répertoire) et lettre d’information n° 48 (lieu, surtitrage, tarifs 2025-2026)
- ARTCENA, Dictionnaire des théâtres du monde, notice Gustave Stoskopf
- Ville et Eurométropole de Strasbourg, Vers un territoire bilingue
- OLCA, étude sociolinguistique ED Institut, 2012
Photo d’en-tête : la plaque de la rue des Lentilles, Lenzegass. Photo : Ji-Elle, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons